Combien pèse vraiment une tonne de CO2 ?
4. December 2024
Lorsque nous parlons du changement climatique, l’unité « tonnes d’équivalent CO2 » est omniprésente. Du moins pour moi, il était difficile de développer une intuition pour ce que cette unité signifie. Est-ce que une tonne, c’est beaucoup ? Vaut-il la peine d’économiser un kilogramme de CO2 ?
Je souhaite vous aider à mieux comprendre la signification de ces valeurs à travers quelques exemples. D’abord, je vous montrerai quelques valeurs typiques de CO2 pour les émissions annuelles d’une personne, la conduite automobile et l’aviation. Dans la deuxième partie, je vous présenterai trois exemples du domaine informatique : les émissions CO2 d’un serveur, d’un téléphone mobile et d’un site web d’information.
Les émissions annuelles d’une personne
Pour vous donner une idée des émissions en équivalents CO2, examinons les chiffres de la Suisse :
La quantité de gaz à effet de serre émise dans l’atmosphère en Suisse en 2022 correspond à 41,6 millions de tonnes d’équivalents CO2 (sans compter le trafic aérien et maritime international). Cela correspond à des émissions de gaz à effet de serre de 5 t d’équivalents CO2 par habitant (dont CO2 : 4 t par habitant).
Si l’on ajoute les émissions causées à l’étranger par les biens importés, le total des émissions annuelles per capita s’élève à plus du double (environ 13 t d’équivalents CO2 par habitant en 2021). L’empreinte carbone de la Suisse est ainsi nettement supérieure à la moyenne mondiale d’environ 6 t d’équivalents CO2 par personne.
Conduire une voiture
La conduite automobile fait partie du quotidien pour beaucoup d’entre nous et génère des émissions directes de CO2. Pour comprendre l’impact d’une voiture individuelle, prenons un modèle européen typique : la VW Golf 2.0 TDI.
Selon les données d’émissions, la Volkswagen Golf 2.0 TDI produit environ 140 g de CO2 par kilomètre dans des conditions de conduite typiques. Cela signifie :
- Pour 100 kilomètres parcourus, la voiture émet 14 kilogrammes de CO2.
- Pour atteindre 1 tonne d’émissions CO2 au total, il faudrait parcourir 7 200 kilomètres.
Pour replacer ces chiffres dans leur contexte : le conducteur automobile européen moyen parcourt environ 10 000 à 20 000 kilomètres par an. Cela signifie qu’une voiture émet environ 1,4 à 2,8 tonnes de CO2 par an.
Prendre l’avion
Le transport aérien est généralement considéré comme l’un des modes de déplacement les plus polluants. Mais qu’est-ce que cela signifie pour les passagers individuels ?
Vol long-courrier : Zurich–New York (aller-retour, classe économique)
Émissions totales : 2,2 tonnes de CO2.
C’est une contribution significative à l’empreinte carbone annuelle d’une personne et correspond aux émissions d’une voiture parcourant près de 16 000 kilomètres.Vol court-courrier : Berne–Zurich (simple, classe économique)
Émissions totales : 120 kilogrammes de CO2 pour un vol de seulement 100 kilomètres.
À titre de comparaison : ce vol court-courrier génère presque autant de CO2 qu’un trajet en voiture de 900 kilomètres.
Un serveur
Examinons maintenant les émissions associées à un serveur typique. J’ai pris comme exemple le Dell PowerEdge R640 (2019), basé sur des calculs sur un cycle de vie de 4 ans.
Les émissions CO2 d’un serveur proviennent principalement de deux sources :
Fabrication (16,6%)
Cela inclut l’extraction des matières premières, les processus de production et l’assemblage.Utilisation (83%)
La plus grande part des émissions tout au long du cycle de vie d’un serveur provient de l’utilisation. Cela comprend la consommation d’électricité pendant le fonctionnement, qui dépend fortement de l’efficacité énergétique et de l’intensité carbone du réseau électrique.
Sur un cycle de vie de 4 ans, les émissions totales de ce serveur s’élèvent à environ :
- 1,9 tonne par an
- 7,7 tonnes sur toute la durée de vie
Un smartphone
Les smartphones sont devenus une partie intégrante de notre vie, mais ils contribuent également aux émissions de CO2 tout au long de leur cycle de vie. Examinons deux modèles haut de gamme populaires : l’iPhone 15 et le Samsung Galaxy S23.
Selon les rapports environnementaux respectifs, les émissions CO2 de ces appareils sont :
- iPhone 15 : 66 kg CO2
- Samsung Galaxy S23 : 58 kg CO2
Ces chiffres tiennent compte du cycle de vie complet des appareils sur trois ans. Contrairement aux serveurs, où l’utilisation représente la plus grande part de l’empreinte carbone, c’est la production qui domine pour les smartphones.

Comme illustré, la production est le facteur dominant. Cela souligne la nécessité de pratiques de fabrication durables et d’une durée de vie plus longue des appareils. Il est clair qu’il est important de prolonger la durée de vie des smartphones. En utilisant un smartphone sur 5 ans au lieu de 3, les émissions annuelles de CO2 peuvent être considérablement réduites.
Bien que les émissions d’un seul smartphone paraissent faibles, elles s’accumulent si l’on considère les milliards d’appareils dans le monde. À titre de comparaison : 1 tonne d’émissions CO2 correspond à environ 17 smartphones.
Un site web
Enfin, examinons les émissions d’un site web d’information suisse populaire, 20min.ch, et analysons son impact environnemental avec l’outil EcoGrader.
Selon EcoGrader (mesuré le 4 décembre 2024) :
- Émissions de la page d’accueil : 3,24 g de CO2 par visite
- Émissions d’une sous-page (article) : 1,46 g de CO2 par visite
Ces émissions semblent faibles pour une seule visite de page, mais s’accumulent rapidement compte tenu de la grande portée du site. Avec plus de 1,2 million d’utilisateurs par jour, la page d’accueil seule génère environ 3,9 tonnes de CO2 par jour.
En se concentrant sur une conception durable et des pratiques d’hébergement responsables, même de petits changements peuvent entraîner des réductions significatives des émissions, en particulier pour les sites web très fréquentés.
Conclusion
Les chiffres présentés dans cet article visent à mieux faire comprendre ce que représente réellement 1 tonne de CO2 et comment nos activités quotidiennes, de la conduite automobile à l’utilisation des technologies numériques, contribuent aux émissions mondiales. Voici trois approches pour réduire votre empreinte carbone dans l’IT :
Maximiser l’utilisation des serveurs : Assurez-vous que les serveurs fonctionnent avec une haute efficacité en consolidant les charges de travail et en utilisant efficacement la virtualisation ou les services cloud.
Prolonger la durée de vie des appareils clients : Développez des logiciels qui fonctionnent efficacement sur des appareils plus anciens pour réduire le besoin de mises à niveau fréquentes du matériel.
Optimiser les sites web pour l’efficacité : Utilisez des outils comme EcoGrader pour identifier des opportunités d’amélioration. Des sites plus petits et à chargement plus rapide réduisent la consommation d’énergie tant pour les serveurs que pour les utilisateurs finaux.